Difficile de débusquer les OGM dans nos assiettes

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On retrouve des OGM dans la plupart des aliments transformés. Photo : Radio-Canada .

Le saumon génétiquement modifié (GM) maintenant vendu en épicerie est le premier produit animal GM dont la vente est autorisée au Canada et dans le monde. Il s’ajoute aux végétaux GM déjà présents dans environ 70 % des aliments transformés qui sont pratiquement impossibles à identifier puisque leur étiquetage n’est pas obligatoire.

Un texte de Johane Despins et Alain Roy, de L’épicerie

On a appris cet été, dans le rapport trimestriel de l’entreprise AquaBounty, que 4,5 tonnes de saumon transgénique AquAdvantage avaient été vendues au Canada dans le plus grand secret.

L’entreprise, qui refuse de divulguer où son saumon a été écoulé, a obtenu l’aval de Santé Canada pour la mise en marché de son produit après avoir satisfait les exigences de l’organisme fédéral. AquaBounty n’est pas obligée d’indiquer que son saumon est génétiquement modifié.

« C’est zéro transparence, donc impossible de savoir où se trouve ce poisson », déplore Sylvain Charlebois, doyen de la Faculté de gestion et professeur en politiques agroalimentaires à l’Université Dalhousie.

« Les grandes bannières ont jusqu’à maintenant refusé d’en vendre parce que leurs clients n’en veulent pas, mais qui dit qu’on ne s’en pas fait passer dans des conserves ou dans des pâtés au saumon? » Sylvain Charlebois, doyen de la Faculté de gestion et professeur en politiques agroalimentaires à l’Université Dalhousie

« AquaBounty fait la même erreur que Monsanto, Bayer ou BASF : en n’indiquant pas qu’il s’agit d’OGM, on est en décalage avec les préoccupations de la population en matière d’alimentation », explique-t-il.

L’arrivée des OGM sur le marché il y a 20 ans devait nous apporter des produits à prix moindres. C’est ce qu’a aussi laissé entendre AquaBounty, rapporte Jean-Roch Thiffault, directeur général chez Pêcheries Norref.

« On nous disait qu’avec ces élevages-là, il n’y aurait pas de pertes, pas d’antibiotiques, et que ça devrait se vendre au moins 1 $ de moins la livre sur le marché. Mais aux dernières nouvelles, on n’a pas vu de baisse de prix dans le saumon d’élevage. »   Jean-Roch Thiffault, directeur général chez Pêcheries Norref

Selon Thibault Rehn, coordonnateur de l’organisme Vigilance OGM, l’étiquetage des produits génétiquement modifiés devrait être obligatoire.

« Que ce soit pour le saumon AquAdvantage ou toutes les semences génétiquement modifiées que sont le canola, le soya et le maïs, le consommateur veut pouvoir choisir d’en manger ou pas et le gouvernement a décidé à sa place. Il y a pourtant des raisons environnementales, éthiques et idéologiques qui justifient largement son droit de choisir », affirme M. Rehn.

Sans étiquetage obligatoire, comme c’est déjà le cas dans 64 pays, il y a peu de moyens sûrs à 100 % pour le consommateur de savoir s’il mange des aliments contenant des ingrédients issus de cultures GM ou non.

Thibault Rehn propose quelques pistes : « On sait qu’uniquement cette année, les superficies de cultures de céréales GM ont augmenté de 15 %. Cela représente huit champs de maïs sur dix au Canada et presque la totalité des champs de canola. »

« Cela permet de déduire que près de 70 % des produits transformés sont faits avec des ingrédients issus de cultures GM parce que des ingrédients dérivés de ces cultures s’y retrouvent très souvent. » Thibault Rehn, coordonnateur de l’organisme Vigilance OGM

Parmi ces dérivés, on compte la lécithine de soya, la maltodextrine, le glucose-fructose, l’huile de canola et plus encore. « On trouve de l’huile de canola partout dans les aliments transformés. On s’en sert pour cuire les croustilles, mais on en met aussi dans les barres tendres, dans les biscuits, dans l’hummus même », ajoute M. Rehn.

« À défaut de savoir où il y en a, il y a au moins une catégorie d’aliments dans laquelle on est certain qu’il n’y en a pas, c’est dans les aliments certifiés biologiques. « Chose certaine, les OGM sont là pour rester et la production ne cesse d’augmenter », comme le rappelle Sylvain Charlebois.

« Le saumon, ce n’est que le début, et on risque de voir d’autres types d’animaux génétiquement modifiés arriver sur le marché. Est-ce que le consommateur canadien est prêt pour ça? Sans étiquette obligatoire, on bouscule le marché, et ce, sans son approbation. » Sylvain Charlebois, doyen de la Faculté de gestion et professeur en politiques agroalimentaires à l’Université Dalhousie

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